Les chiffres du VIH/sida en Belgique – situation au 31/12/2020 © Sciensano

L’ÉPIDÉMIE DU VIH RALENTIE PAR LA PANDÉMIE DE COVID-19 EN 2020

  Forte diminution du nombre de diagnostics du VIH et de test de dépistage, et adaptation des soins de santé pour le VIH à la crise  

En 2020, 727 nouveaux diagnostics de VIH ont été confirmés en Belgique. C’est ce que révèle le rapport annuel sur le VIH de Sciensano. Cela correspond à 2 nouveaux diagnostics par jour. Le nombre de nouveaux diagnostics de VIH a diminué de 21 % par rapport à 2019. Cette forte diminution est observée dans toutes les populations touchées et est fortement liée à la pandémie de COVID-19 et aux mesures pour restreindre sa propagationCelles-ci ont eu un impact sur les activités de dépistage du VIH, le comportement sexuel et la dynamique migratoire. 

L’impact de la COVID-19

La diminution du nombre de diagnostics de VIH a en grande partie coïncidé avec la réduction de l’activité de dépistage observée principalement pendant les périodes de confinement liées à la COVID-19. Au cours des mois suivants, le nombre de diagnostics de VIH est resté réduit par rapport aux années précédentes. 

Il est vraisemblable que la transmission du VIH a été réduite en raison de la diminution des interactions sexuelles résultant de la restriction des contacts physiques et sociaux. Une première observation dans ce sens est la réduction de moitié du nombre de diagnostics d’infections aiguës au VIH par rapport à 2019. En outre, la diminution de l’utilisation d’un traitement préventif (prophylaxie pré-exposition ou PrEP) pour le VIH à partir d’avril 2020 va également dans le sens d’une réduction des comportements sexuels à risque chez les hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes.  

Chez les étrangers, la diminution du nombre de diagnostics de VIH a été principalement enregistrée pendant les périodes de confinement du COVID-19. Durant ces périodes, de sévères restrictions de voyage étaient en vigueur, ce qui a eu un impact majeur sur la migration internationale vers la Belgique et très probablement sur le diagnostic de l’infection par le VIH chez les étrangers. 

Il se peut également que l’accès limité aux structures de dépistage pendant les périodes de confinement ait retardé le diagnostic pour certaines personnes et ait conduit à des diagnostics manqués. 

Diversité de l’épidémie du VIH 

L’épidémie de VIH en Belgique se caractérise aujourd’hui par sa diversité 

Depuis le début de l’épidémie en Belgique, deux populations-clés ont été particulièrement touchées: 

  • les hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes (HSH), de nationalité belge
  • les hommes et femmes hétérosexuels originaires d’Afrique subsaharienne.  

Compte tenu de la diminution des diagnostics dans ces populations-clés, les populations d’autres nationalités, tant parmi les HSH que parmi les hétérosexuels, prennent une importance proportionnellement plus grande. Cette diversité est également visible dans l’estimation de la population vivant avec une infection non diagnostiquée : le nombre estimé de personnes non diagnostiquées est plus élevé chez les étrangers. 

  • Les hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes

En 2020, 244 nouveaux diagnostics de VIH ont été posés chez des HSH ; cela représente une baisse de 27 % par rapport à 2019.

Parmi les HSH, la diminution du nombre de diagnostics en 2020 a été la plus importante chez les personnes de nationalité belge (-41 % par rapport à 2019). En 2020, 40 % des diagnostics de VIH chez les HSH ont été posés chez des personnes de nationalité belge, 23 % avaient une autre nationalité européenne et 20 % une nationalité latino-américaine.

  • Les hommes et les femmes hétérosexuels

En 2020, 252 nouveaux diagnostics de VIH ont été posés chez des personnes hétérosexuelles ; cela représente une baisse de 31 % par rapport à 2019.

Parmi les personnes hétérosexuelles diagnostiquées en 2020, 44 % étaient de nationalités africaines subsahariennes ; 27 % de nationalité belge, 18 % de nationalités européennes et 11 % d’autres nationalités. En 2020, les femmes représentaient 70 % des diagnostics de VIH chez les hétérosexuels d’Afrique subsaharienne et 32 % chez les hétérosexuels de nationalité belge.

Adaptation des soins pour le VIH

La prise en charge optimale des patients séropositifs nécessite une continuité des services tout au long des différents stades : dépistage, diagnostic, admission et maintien en soins, initiation du traitement antirétroviral et obtention d’une charge virale indétectable. Les patients dont la charge virale est indétectable ont un pronostic plus favorable et ne peuvent plus transmettre le virus lors de contacts sexuels, ce qui contribue à la prévention de nouvelles infections par le VIH. 

L’organisation des soins pour le VIH a dû être adaptée durant les périodes de confinement. Certains examens de suivi du VIH ont été retardés et une légère augmentation du nombre de patients séropositifs en interruption de soins en 2020 a été observée. Cependant, la couverture en traitement antirétroviral est restée optimale et très efficace pour contrôler la charge virale des patients séropositifs. 

Pour la Plateforme Prévention Sida, cette forte diminution des nouveaux diagnostics de VIH nous invite à maintenir, voire renforcer, l’accès aux services de prévention et de dépistage du VIH et des IST ainsi qu’aux divers outils de prévention.

« Afin de favoriser un dépistage précoce et de contribuer à contrebalancer les diagnostics qui ont pu être manqués lors des confinements successifs, il est important que nos structures de prévention restent ouvertes afin d’augmenter l’accès pour tous aux différents outils de prévention combinée incluant les préservatifs, le dépistage démédicalisé, et la PrEP »,
explique Thierry Martin, directeur de la Plateforme Prévention Sida. 

 

Le changement de visage de l’épidémie, avec une diversification des publics touchés, encourage les acteurs de la prévention à multiplier les actions vers les différents publics, notamment les plus vulnérables qui ont été encore plus fragilisés suite à la crise sanitaire.   

La crise sanitaire ayant occulté d’autres priorités de santé publique comme le VIH/Sida, la Plateforme Prévention Sida a souhaité aussi, à l’occasion du 1er décembre, Journée Mondiale de Lutte contre le Sida, rappeler avec le slogan de sa nouvelle campagne que le « VIH/Sida existe encore » et que les discriminations dont sont victimes les personnes vivant avec le VIH restent malheureusement encore d’actualité. 

 voir la campagne « Le VIH/sida existe encore mais… »

Recommandation

Compte tenu de la diversité croissante des populations touchées par le VIH, les stratégies de prévention et de dépistage ainsi que les soins doivent être inclusifs et accessibles pour toutes les populations touchées. Ceci est particulièrement important en période de pandémie, en raison de la situation précaire de certaines personnes. La proposition de poursuite du plan national de lutte contre le VIH 2020-2026 contient des actions pertinentes pour lutter contre l’épidémie de VIH en Belgique et fournit donc un cadre stratégique opportun pour la coopération et la communication entre les autorités de santé et les divers acteurs de la lutte contre le VIH.