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A propos des prises de positions du Pape Benoît XVI
Le Pape Benoît XVI a récemment tenu dans la presse des propos plus que discutables, notamment au sujet des préservatifs. Il prétend qu'on ne peut pas régler le problème du sida avec la distribution de préservatifs et qu'au contraire, ils aggravent le problème. Des acteurs de la lutte contre le sida souhaitent marquer fermement leur vif désaccord vis-à-vis de ces propos qu'ils jugent dangereux.
La position de l'église catholique au sujet de l'utilisation du préservatif comme contraceptif et comme moyen de protection contre le VIH a fait couler beaucoup d'encre. Des libertés ont parfois été prises par rapport à cette position au sein même de l'église catholique, certains considérant que le préservatif pouvait être considéré comme un moindre mal (mais un mal quand même).
Les déclarations conservatrices de Benoît XVI et leurs possible conséquences nuisibles en termes de prévention du VIH doivent être soulignées et il n'est sans doute pas besoin de s'y appesantir à nouveau : laisser penser à des millions de femmes et d'hommes, en particulier dans certains pays très influencés par le discours catholique et par ailleurs très touchés par l'épidémie du sida, que l'usage du préservatif est mal vu n'encourage sans doute pas son utilisation et n'est pas propre à enrayer l'épidémie.
Il va même plus loin que son prédécesseur puisqu'il affirme même que la distribution de préservatifs aggrave le problème : c'est un discours qu'on ne peut tolérer dans un contexte où le sida est une cause importante de mortalité en Afrique. Sa position est au moins aussi contreproductive en terme de prévention.

Il convient de s'interroger sur les conséquences pratiques de ce discours. En matière de prévention du sida, nous vivons aujourd'hui en Belgique et dans plusieurs pays européens dans un contexte de recrudescence des nouveaux cas d'infection au VIH. Il est dangereux dans ce contexte d'insinuer que le préservatif aggravera le problème que constitue le sida aujourd'hui, d'autant plus que ce discours peut alors installer le doute même chez ceux qui ne se reconnaissent pas dans le discours catholique traditionnel. Lorsque l'on voit les ravages de l'épidémie en Afrique subsaharienne, il est pour le moins absurde de "saluer" la fidélité et la sobriété qui y sont préconisées.
Nous estimons nécessaire de rappeler qu'il est toujours préférable de respecter les sphères de compétence de chacun : si le Pape Benoît XVI est habilité à rappeler les prescrits de la religion catholique, il n'est pas censé trancher des débats scientifiques. Le préservatif constitue précisément un moyen de protection adéquat quel que soit le mode de vie des individus et son efficacité est reconnue par les spécialistes.
La distribution de préservatifs est un axe important d'une politique efficace de prévention du sida (la Plate-Forme distribue d'ailleurs plus de 500.000 préservatifs par an), tout en étant accompagné de programmes d'information et d'éducation du public.
De plus, les propos de Benoît XVI ne font preuves d'aucune compassion et sont stigmatisant envers les personnes séropositives, dans un contexte où l'accès aux traitements reste un vrai problème sur le continent africain. Par contre, aucun mot sur ce point.
Aucun mot non plus envers les jeunes nés séropositifs et aucunes propositions à leur encontre. Que fait-il des milliers d'enfants vivant avec le VIH?
Que propose-t il aux femmes déjà très vulnérables à l'infection au VIH et pour qui le préservatif représente l'ultime solution, il les rend donc plus vulnérable encore.
Nous souhaitons marquer notre plus vif désaccord à l'égard d'un discours conservateur porteur d'exclusions.
CONTACT : Plate-Forme Prévention Sida - rue Jourdan, 151 à 1060 Bruxelles - Thierry Martin - Directeur - 02/733 72 99
